A Salindres, concertation pour la renaissance d’une place

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A Salindres, concertation pour la renaissance d’une place

Comment transformer un espace vide en plein cœur du village, en une place attrayante, recueillant l’adhésion des habitants et des riverains ? Et si l’on tentait la concertation ? C’est en tout cas le pari fait par le maire de la commune. Il a sollicité le CAUE du Gard pour l’accompagner dans ce projet. Retour d’expérience.

Salindres. Petite commune gardoise de 3000 habitants, au pied des Cévennes, elle fut le « berceau de l’aluminium » lorsqu’au XIX e siècle, Pechiney y implanta sa première usine. L’eau, depuis, a coulé sous les ponts, l’usine s’est transformée,  les activité ont évolué, des bâtiments ont été détruits…

L'immeuble détruit en 2011, au centre du village

L’immeuble détruit en 2011, au centre du village

C’est notamment le cas d’un  groupe de 36 logements sociaux construit en 1958 pour les employés de l’usine Pechiney. Rasé en 2011, il  libéra à Salindres un espace considérable face à la mairie et l’église. L’équipe municipale envisage d’y créer une place de village mais il souhaite associer les habitants à la décision. Il sollicite alors le CAUE du Gard afin de profiter des conseils et de l’accompagnement de spécialistes des questions urbaines et sociologiques.

En mars 2012, Pascale Parat-Bezard, socio-économiste et Lakdar Qejiou, architecte, rencontrent l’équipe municipale afin de mettre en place le processus de concertation et de faire l’état des lieux… Très peu arboré, cet espace vide a été rapidement colonisé par le stationnement anarchique des véhicules, favorisé par le revêtement minéral d’un sol désorganisé. Il n’y a pas de commerce structurant et les limites de l’espace sont constituées par les façades sobres de maisons aux caractéristiques rurales, ne dépassant pas trois niveaux.

A la rencontre des habitants

Enquête-marché

Rencontrer, questionner, échanger…

Un mois plus tard, une première « animation» est organisée  durant le marché hebdomadaire, afin d’informer les habitants et les associations du travail envisagé avec eux. L’association La manufacture des paysages était également présente avec une exposition très à propos intitulée “Place cherche habitants”.

 

Une enquête par questionnaire est lancée ce jour-là et poursuivie durant l’été dans le but de recueillir l’avis des Salindrois sur la place elle-même et plus généralement sur les espaces publics qu’ils fréquentent. Une carte de ces derniers a été réalisée pour servir de support à cette consultation.

 

Les jeunes aussi ont droit à la parole

Les jeunes aussi ont droit à la parole

Des entretiens de groupe ont été organisés avec deux comités de quartier et les riverains de la place. Avant l’interview, ces derniers ont participé à son observation au moyen d’un protocole. Des discussions plus informelles dans les cafés et halls d’immeubles, ainsi qu’un mini-sondage auprès des jeunes dans les jardins publics ont également eu lieu. « Ces techniques plurielles ont été indispensables pour recueillir les opinions d’acteurs aux intérêts divergents parfois hésitants à ouvrir leur porte mais prompts à participer une fois entrés dans la situation » précise Pascale.

 Un fonctionnement urbain plutôt que rural

Les résultats des enquêtes ainsi que les observations directes ont permis de constater que la commune, avec ses espaces publics variés avait un fonctionnement plus urbain que rural.

Une typologie inspirée d’un travail de recherche sur les jardins publics nîmois * a été établie. Elle permettra au bureau d’étude, qui sera chargé du projet, d’avoir une vision plus globale. Les espaces publics y sont classés en fonction de leur valeur d’usage :

– Les espaces publics de nature constituent la première catégorie. On peut citer la garrigue au nord de Salindres, espace ouvert qui abrite une tour. Le cadre offert est très prisé pour les balades familiales et les sorties sportives des écoliers et collégiens, notamment.

– Les espaces publics inter-quartiers arrivent en second dans ce classement, prouvant que l’espace public comme lieu de sociabilité n’est pas encore obsolète… Il s’agit du jardin du foyer socio-culturel, du parc derrière l’église, des stades, etc. Ce sont des lieux de rendez-vous entre habitants venus de toutes parts.

– Les espaces publics de proximité ou événementiels. Ils sont variés. Certaines places, squares, ou petits jardins sont le théâtre de manifestations plus ou moins établies, de pratiques fixes ou de rituels.

– Les espaces semi-publics ou intermédiaires, enfin. Rattachés à des ensembles bâtis (lotissements, copropriétés d’habitat collectif, HLM…) ils sont peu connus des non résidents, souvent dépourvus de mobilier urbain. Les aires de rencontres formalisées à l’origine ont laissé place à des occupations accidentelles ou erratiques. Dans les quartiers récents, ces espaces sont des sortes « d’entre deux » à la fonction non définie et aux activités encore rares.

Un nouvel espace public remarquable ?

Pourquoi alors ne pas envisager cette  nouvelle place comme  un espace public remarquable ? C’est-à-dire un espace identificateur, où chaque usager  se sentirait à Salindres et nulle part ailleurs. « Le cadre s’y prête, la place a une histoire. Elle a progressivement changé de nom : Place de la Révolution, de la Fontaine, Pechiney, de la République. La mairie et l’église sont des édifices symboliques qui lui confèrent un cachet particulier » souligne Pascale. Ce n’est certes pas suffisant pour lui donner un caractère encore affirmé et certains habitants ont de nouvelles idées à confier à la future maîtrise d’ouvrage…Protocole-

Le schéma de principe présenté par l’architecte conseil du CAUE, lors de la soirée de communication des résultats aux habitants, a tenu compte de leurs suggestions et n’a soulevé chez eux aucune objection. Tous ces éléments ont permis de constituer  un cahier des charges présenté début 2013.

L’histoire de la place est loin d’être achevée. La suite au prochain épisode…

Pour plus d’information, contactez Pascale Parat-Bezard : p.bezard-caue30@wanadoo.fr. Vous pouvez également consulter l’article qu’elle a rédigé sur le sujet dans la dernière édition du Journal des CAUE.

* Parat-Bezard Pascale (2006), Représentations et usages du corps dans l’aménagement des jardins publics. L’exemple de Nîmes. Thèse de doctorat Anthropologie biologique, Université Aix-Marseille II.

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